Les artisans marocains

Indifférents au temps qui passe, les artisans du sud Maroc ont de tout temps joué un rôle prépondérant dans le quotidien des populations berbères.

Au départ essentiellement domestique, l’artisanat s’est d’abord développé notamment dans la poterie pour la fabrication des plats, des jarres et cruches nécessaires à la vie quotidienne et dans le tissage de la laine pour les tapis, les vêtements, dont les djellabas ou encore les couvertures, les khaïmas : tentes nomades.

Puis, c’est avec l’arrivée au début du premier millénaire de berbères judaïsés de Kabylie et de communautés juives venant de l’antique Judée que les berbères du sud marocain se formèrent au travail du métal et de l’argent. Une belle transmission qui permit notamment dans la vallée du Todra de frapper une monnaie dès le VIIIe siècle à l’effigie d’Idriss 1er.



De cet héritage naquit aussi la fabrication des magnifiques bijoux berbères et des célèbres poignards Azlag, du nom de ce douar situé à la sortie de Kelaat El M’Gouna et de la vallée des roses. L’arabisation et l’islamisation permit aux berbères d’approfondir leur savoir-faire dans le travail du cuivre, du cuir, des roseaux, du bois. L’ébénisterie marocaine s’est enrichie d’influences arabo-andalouses.

Même si ce savoir-faire séculaire se transmet toujours principalement par filiation, le rôle de l’artisanat a évolué au fil des siècles avec une fréquentation touristique de plus en plus importante à partir de la deuxième moitié du XXe siècle, devenant pour des milliers de familles un poumon économique non négligeable.

Ce patrimoine commun donne aussi sa raison d’être au charme coloré des souks, incontournables dans la tradition marocaine, pour le plus grand plaisir des touristes qui affectionnent de déambuler dans l’animation bruyante et pittoresque de ces ruelles envoûtantes, à la découverte de ces petits temples dédiés au travail manuel que sont ces échoppes et ateliers où les odeurs de cuir, de bois, d’épices se mêlent et se conjuguent à l’infini.

Les Bijoux

Bijoux berbères

Bijoux berbères

Si dans toutes les médinas et villes marocaines un souk leur est consacré, c’est dans le sud marocain, à Taroudant, Tiznit ou encore Rissani que cet héritage légué par les artisans juifs a gardé sa plénitude. D’un caractère culturel spécifique, qu’ils soient en or ou en argent, ces bijoux finement ciselés sont des éléments essentiels à la vie traditionnelle et utilisés par les femmes berbères pour toutes sortes de cérémonies, mariages, moussem…

Dans l’Anti Atlas, la petite ville fortifiée de Tiznit s’en est fait une spécialité. Son souk des bijoutiers étant connu dans tout le Maroc.

Emblématique de cet art, la fibule en argent, comme un symbole de protection pour les femmes, est une agrafe ouvragée qui sert à fixer l’extrémité de leurs tuniques ou robes. Très prisées par celles-ci, elles sont de forme triangulaire au fin ciselage, décorées en leur centre d’une boule en argent, parfois plusieurs sont réunies par une petite chaîne.

Les colliers, sont souvent confectionnés de corail, de perles ; séparés par des filigranes argentés, ils peuvent aussi être utilisés comme bandeau ou serre tête, maintenus en arrière par des crochets ou des chaînes, les lanières parées de pièces de monnaie retombant sur les côtés du visage. Ces parures pouvant aussi définir l’origine tribale des détentrices.

Autre élément primordial lors de fêtes familiales, les bracelets, en or ou en argent, dotés d’une charnière, souvent superposés ils garnissent joliment les poignets des dames. Plus rares sont les femmes qui arborent des khalkhal, ces magnifiques bracelets de cheville ornés de superbes chaînettes en argent.

Mais inoubliable, celui qu’elles préfèrent est le double anneau que nous aimons leur passer au doigt. En or ou argent, finement et légèrement torsadé, il est décoré d’une belle pierre ouvragée.

Poterie et céramique

Traditionnellement à vocation domestique et pour la conservation des aliments, des olives, du beurre, des viandes épicées, la production artisanale de poterie cuite au four était réalisée à partir d’argile blanche. Plats, cruches, saladiers, tajines étaient alors simplement décorés avec des motifs en henné reproduits manuellement.

Le village de Tamegroute dans la vallée du Drâa est un de ces dépositaires de ce savoir traditionnel. Regroupés à l’extérieur du village, ces artisans ont leurs ateliers dans de petites maisons basses en pisé, aux murs percés pour assurer une bonne aération de la chaleur procurée par leurs vieux fours.

Après un modelage de l’argile, celle-ci est cuite une première fois, la coloration s’obtiendra ensuite à partir d’oxydes de métaux qui seront étalés sur le fond blanc de l’argile, une deuxième cuisson en assurera la fixation.

Pour donner ces couleurs vives, le céramiste se servira de chrome pour le jaune, de cobalt pour le bleu, de cuivre pour le vert et de manganèse pour le brun. Ainsi garnis, ces objets : vases, saladiers, tajine, plats seront davantage utilisés pour la décoration, les familles marocaines préférant utiliser les poteries ‘beldi’, sans ajouts colorants pour un usage purement alimentaire.

Les poignards

Poignards d'Azlag

Poignards d’Azlag

C’est au pied de la vallée des roses, à la sortie de Kelaat El M’Gouna que les artisans de la coopérative d’Azlag perpétuent la fabrication de ces poignards que leur ont léguée les artisans juifs.

A l’inverse de ceux targui ou sahraoui qui sont droits, les poignards du sud marocain sont courbes, non par esthétisme, cette forme favorisant plutôt la saisie du poignard qui porté en bandoulière pouvait être ainsi coincé dans l’entrejambe du porteur.

La lame en acier est surmontée d’un manche qui peut être en bois d’abricotier, de cèdre ou de peuplier, parfois en os de dromadaire. Le fourreau, souvent en argent, était toujours richement décoré, orné de motifs artistiquement ciselés. Autrefois utilisé comme arme, il est maintenant davantage devenu une parure masculine symbolisant comme avant courage et noblesse.

A présent s’il n’est plus arboré que par quelques anciens maintenant les traditions. Il complète les costumes servant pour la fantasia, les ahidous ou les ahwach encore largement très pratiquées, dans les régions du sud marocain.

Cuir et peaux

A juste titre en français le travail du cuir est dénommé ‘maroquinerie’, car c’est du terme Maroc qu’en a été tirée l’étymologie. D’un mode de vie traditionnellement nomade ou semi nomade, les populations, surtout de l’Atlas ou des régions présahariennes ont de tout temps su travailler les peaux et le cuir qui avec le tissage de la laine de dromadaire ou de chèvres rentraient dans la confection des khaïmas, ces tentes qui les abritaient toute l’année durant les transhumances.

Cet artisanat perdure à Taroudant notamment où des tanneurs appréciés dans tout le Maroc pour la qualité de leur travail se sont regroupés dans un lieu appelé tout simplement la tannerie près de Bab Targhount.

Mais la ville tout comme Tafraoute dans l’Anti Atlas est aussi très appréciée pour la confection des babouches, ces confortables chaussons en cuir appelés belgha en arabe marocain, ikourbine en berbère, babouche étant un terme d’origine persane utilisé par les européens.

Aussi très prisé des hommes, les choukharas, ces sacs en cuir fabriqués et brodés à la main, parfois munis d’une cordelette en soie pour en parfaire la décoration et l’originalité. A l’instar des poignards, ils faisaient partie du costume berbère traditionnel et servaient aux hommes lorsqu’ils allaient au souk pour y mettre leurs pièces d’identités ou autres documents.

Tissage et tapis

Parmi les réalisations artisanales du sud marocain, le tissage de la laine et des tapis est peut être une des plus anciennes. Ce savoir est encore très souvent transmis par filiation féminine, de mère à fille, les hommes agissant davantage dans la commercialisation de ces fameux tazerbit comme on les nomme dans les régions de l’Atlas ou du sud marocain. Les jeunes filles doivent mémoriser très tôt les techniques de ce savoir- faire ainsi que les motifs qui les composent.

Dans le sud marocain les tapis berbères, souvent de petite taille, se reconnaissent par leurs motifs toujours de forme géométrique, souvent de conception abstraite, certains pouvant faire penser au tifinagh, l’alphabet berbère.

Assortis de couleurs vives souvent, orange, bleu, brun, vert, rouge, leur palette est large. C’est dans le Haut Atlas et dans la région d’Ouarzazate qu’ils sont majoritairement fabriqués.

Les plus connus et recherchés, les ‘ouzguidas’ sont tissés manuellement à Aït Ouaouzguit, petit douar un peu à l’écart de la N10, dans les contreforts orientaux du massif du Siroua, entre Taznekhat et Aït Benhaddou. Au fil des ans ce petit village semi montagnard a acquis une renommée internationale pour la qualité de ses réalisations.

Le tissage a donc toujours eu une importance énorme, mais pas seulement pour la confection des tapis. Primordial, le tissage sert depuis des temps immémoriaux à la fabrication des habits, bonnets, djellabas, tuniques chaudes.

Le tissage s’il rentre aussi pour une part dans la fabrication des khaïmas est un art essentiel pour l’élaboration des ‘hanbal’, plus fins et plus légers que les tapis, en général de tons vifs, souvent rouges associés à des teintes jaunes et brunes, ils sont issus de laine pure de dromadaire, de chèvre ou de mouton et sont utilisés comme couverture, drap épais ou tenture murale pour la décoration.

Depuis quelques années, pour faire face à l’invasion du ‘made in china pas cher’, un vaste programme de développement de coopératives ou de regroupements d’artisans a vu le jour. Ainsi dans de nombreuses villes, des marchés artisanaux ont ouvert leurs portes permettant d’avoir une plus grande visibilité en dehors des souks traditionnels souvent logés dans les médinas des grandes agglomérations.


Reportage de 1948 sur l’art et la célébration des tapis….à voir


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